Le déboulonnage des statues au nom de la lutte contre le racisme déconcerte. La violence avec laquelle la détestation des hommes s'affiche au coeur du combat féministe interroge. Que s'est-il donc passe pour que les engagements emancipateurs d'autrefois, les luttes anticoloniales et feministes notamment, operent un tel repli sur soi ? Le phenomene d'" assignation identitaire " monte en puissance depuis une vingtaine d'annees, au point d'impliquer la societe tout entiere.En temoignent l'evolution de la notion de genre et les metamorphoses de l'idee de race. Dans les deux cas, des instruments de pensee d'une formidable richesse - issus des oeuvres de Sartre, Beauvoir, Lacan, Cesaire, Said, Fanon, Foucault, Deleuze ou Derrida - ont ete reinterpretes jusqu'a l'outrance afin de conforter les ideaux d'un nouveau conformisme dont on trouve la trace autant chez certains adeptes du transgenrisme queer que du cote des Indigenes de la Republique et autres mouvements immerges dans la quete d'une politique racisee.Mais parallelement, la notion d'identite nationale a fait retour dans le discours des polemistes de l'extreme droite française, habites par la terreur du " grand remplacement " de soi par une alterite diabolisee : le migrant, le musulman, mai 68, etc. Ce discours valorise ce que les identitaires de l'autre bord recusent : l'identite blanche, masculine, virile, colonialiste, occidentale. Identite contre identite, donc.Un point commun entre toutes ces derives : l'essentialisation de la difference et de l'universel. Elisabeth Roudinesco propose, en conclusion, quelques pistes pour echapper a cet enfer. Historienne, Elisabeth Roudinesco est l'auteur de livres qui ont fait date sur l'Histoire de la psychanalyse en France, Jacques Lacan, Sigmund Freud (Prix Decembre 2014), la famille, etc. Elle est traduite dans le monde entier.
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